Le marché de la vidéo

mars 7, 2014 at 11:51
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videoLa vidéo a mis le turbo avec 40 % des foyers équipés en scopes. Son référencement dans la grande distribution a tout changé. Les mécanismes bougent, les chiffres s’emballent, et les cassettes descendent dans le caddy de la ménagère. Du cinéma blistérisé entra Pampers et Lustucru.

Comment en est-on arrivé là ?
Itinéraire d’un vidéogramme depuis le CNC jusqu’aux centres Leclerc. Avant d’évoquer le marché de la vidéo aujourd’hui, voici un peu d’histoire pour mieux comprendre l’évolution de ce média et son incroyable essor. 1979, l’année qui marque les débuts d’une révolution dans le monde de l’image avec l’apparition de la vidéocassette. Certes la vidéo existe déjà, mais ne s’adresse qu’aux seuls professionnels. Si, aujourd’hui, Sony revendique toujours la paternité du premier lecteur-enregistreur, c’est en réalité à Philips que l’on doit le tout premier magnétoscope, à usage domestique, de taille réduite et d’un prix abordable (ce qui n’était pas le cas du Sony). Une véritable guerre mondiale va alors s’engager. Son enjeu : la conquête d’un nouveau marché des plus prometteurs. Trois standards font leur apparition : le Betamax de Sony, le VHS de JVC, le V 2000 de Philips.

betamax

Après une lutte longue et âpre, c’est finalement le VHS qui s’impose dans le monde entier. Au début des années 80, le magnétoscope est considéré comme un produit de luxe réservé aux éternels branchés friqués. Les premiers programmes préenregistrés sont proposés à la vente, mais à des prix exorbitants. Au bout de quelques années, le système locatif s’installe et prend le dessus grâce à une impulsion majeure : le X. Les premiers éditeurs (VIP, SVP, René Chateau…) essuient les plâtres d’un marché trop restreint. En 1980, le parc de magnétoscopes est estimé à 235 000 unités (aujourd’hui, il atteindrait les dix millions).

Dans le même temps, une multitude de vidéoclubs apparaissent. On en recensera plus de 5 000 en 1983, pour 2 000 titres disponibles. L’avenir de la vidéo s’annonce donc sous les meilleurs auspices, mais c’est sans compter sur les exactions du sacro-saint gouvernement qui, au nom d’une prétendue protection du septième art, assassine ce marché naissant. MM. Lang et Fillioud œuvrent côte à côte pour « sanctionner » la vidéo ! La TVA est maintenue à 33 1/3 % (elle est aujourd’hui à 22 %), le consommateur doit payer une redevance magnétoscope (environ 700 francs), les magnétoscopes sont contingentés à Poitiers (motif invoqué : juguler l’invasion nippone), une hiérarchie de diffusion impose un délai d’un an entre la sortie en salles et la sortie vidéo. Autant de mesures d’un pseudo protectionnisme qui sonnent le glas des ambitions (certes souvent démesurées) de certains éditeurs et de nombreux vidéoclubs.

vidéo clubs

En 1985, la profession tente de réagir et, après de multiples tentatives infructueuses, se regroupe sous l’égide de la Chambre syndicale de l’édition audiovisuelle (la CSEA). Laquelle représente aujourd’hui 80 0/o du chiffre d’affaires réalisés sur le plan national par l’édition-distribution, mais « oublie » dans ses rangs des éditeurs de poids comme René Chateau, Proserpine, Film Office (lesquels estiment que les préoccupations de la CSEA sont trop éloignées des leurs, René Chateau et Proserpine considèrent même que sa légitimité reste à établir et que, de surcroît, adhérer à ce syndicat ne leur apporterait rien de plus). Objectif avoué de la CSEA : défendre les droits et les intérêts des éditeurs et distributeurs vidéo. Objectifs déjà atteints : la baisse du taux de la NA, l’ouverture, pour la vidéo, d’espaces publicité à la télévision et surtout la réforme de chronologie de diffusion des films (voir encadré). Au milieu des années 80, de nouveaux éditeurs font leur apparition sur le marché locatif, les majors tournés essentiellement sur le locatif (pour l’instant en tout cas) qui proposent de gros titres comme « Noce blanche », « Nocturne indien », et plus récemment « Suzie et les Baker Boys », « Nouvelle vague » et « Milou en mai », (novembre). Des produits qu’un petit éditeur ne pourrait en principe pas s’offrir, mais un contrat passé avec Fil à Film (qui détient les droits de vente de tous ces films) permet à Zeed Production de les exploiter au locatif pendant quelques mois, avant que Fil à Film ne les place à la vente. Ce contrat, qui prendra fin avec « Il y a des jours et des lunes », de Lelouch, va permettre à Zeed d’acquérir désormais les droits locatifs et de vente des produits qu’il éditera (exemple : « Le king de New York » en février prochain). Mais Zeed, c’est aussi Colmax qui possède un catalogue X avoisinant les cent titres et qui fait partie des majors dans ce domaine. Basé à Sèvres et fort d’une logistique souple, AT Productions est le résultat de la fusion, en 1986, des sociétés Antarès, d’Alain Carradore, et Travelling, d’Henri Lenique. Résolument tourné vers le cinéma traditionnel, AT Productions suit une politique commerciale particulière et efficace. Ainsi, pour tout film, la société tente-t-elle (si cela est possible) d’en acquérir tous les droits (vidéo. TV, et salles).

Réanimator 2Comme pour « Réanimator 2 », en salles depuis le 14 novembre. Autre exemple, « L’union sacrée » fut acheté sur scénario, ce qui, en cas de succès en salles (et c’en fût un), permit de réaliser une opération des plus juteuses. Autre achat récent pour AI Productions, « Les dames galantes », le dernier Tacchella, avec Richard Bohringer et Isabelle Rosselini, sorti depuis le 14 novembre sur vos écrans. Antarès, distributeur de tous ces produits, fonctionne à merveille et possède même un excellent service de télévente qui démarche auprès de plus de 600 vidéoclubs (« En direct »y Fip (Partner and Partner) que dirige Patrick Zylberman, propose (presque essentiellement sur le locatif) un grand nombre de films américains, vient d’ailleurs d’acquérir treize titres à gros potentiel vidéo comme « Le fantôme de l’Opéra », « Caged fury », « Navigator » et « Flesh Gordon ». Côté distribution, Fip qui ne traite qu’avec des grossistes, n’a pas de représentants et aucun contact réel avec ses clients. En revanche, Fip possède un service télévente, « En Direct » (type de distribution sur lequel nous reviendrons en détail), des plus performants et travaille avec 2 500 vidéoclubs. Les éditions Montparnasse, nées en 1989 (distribuées par Fil à Film depuis le 1er septembre dernier), se sont implantées sur le marché en lançant une très jolie collection, l’Age d’or du cinéma, qui comprend une trentaine de grands classiques du cinéma français : « Les enfants du paradis », « Casque d’or », etc., que vous pouvez acquérir à 129 francs. Egalement à l’actif de ce petit éditeur, la restauration de la bande-son originale du « Crime de Monsieur Lange », de Jean Renoir, jusqu’alors inaudible. Autres produits phares de l’éditeur, du documentaire type « Thalassa », « L’apocalypse des animaux » (six cassettes de 52 minutes, à 119 francs ou 580 francs le pack de six). Le petit dernier arrivé fin août 1990, Zénith Productions est à la fois éditeur et grossiste (ce qui n’est pas du goût de tout le monde). Certains éditeurs estimant que les métiers de grossiste et d’éditeur sont certes complémentaires, mais différents et qu’il faut savoir choisir. Ce à quoi, M. Samson, de Zénith, répond qu’il entretient (en tant que grossiste) les meilleurs rapports avec l’ensemble des éditeurs et, surtout, avec les autres grossistes. Diplomatie oblige…

Zénith Productions

Premier film édité par Zénith Productions, qui pour l’instant s’oriente vers le marché locatif, « High spirit » sorti en octobre dernier ; à venir « Rébus », avec Christophe Malavoy, et, surtout, « Ripoux contre Ripoux » dont le premier acquéreur, Proserpine, vient de rétrocéder à Zénith les droits pour la location. Zénith Productions, c’est aussi dix magasins spécialisés, « Vidéofutur », six dans le Nord, l’Est et la région parisienne (Poissy, Nanterre, Saint-Germain-en-Laye, etc.). Petit poisson est déjà grand… Signalons aussi la présence de Scherzo qui fait un retour très remarqué en éditant nombre de documentaires et, récemment, neuf films de Fernandel destinés à la vente (prix conseillé : 149 francs). Percée et expansion rapides de TF1 Vidéo qui vient de placer à la location, d’excellents produits comme « La Baule-les-Pins », « Mister Frost », « Chambre à part ». Autre éditeur indépendant, RCV, qui propose également de bons produits .à la vente (et « français » de surcroît) tels que « Flag », « Agent trouble », « Le grand chemin ». Citons enfin, Echo, associé à Vidéo Collection, qui propose des programmes pour la jeunesse, quelques bons films et surtout des produits musicaux. Ces derniers constituent une grande part du catalogue Virgin Vidéo complété par de remarquables films de sport et une collection à la vente de films anciens.

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